Tribune : La vraie solution pour Moutier

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La vraie solution pour Moutier

On a appris vendredi dernier qu’une association baptisée « Réconciliation » se donnait pour objectif de résoudre la Question jurassienne par une non solution consistant à couper Moutier en deux, une partie bernoise, l’autre jurassienne. Cette proposition fera long feu, car il est peu probable qu’elle puisse réunir une majorité, mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui interpelle dans cette affaire, c’est qu’en cherchant le compromis à tout prix, réflexe démocratique chevillé au corps de tout politicien suisse, le remède sera pire que le mal. En prenant un peu de recul, on peut, toute proportion gardée, mettre en rapport la Question jurassienne avec Israël et la Palestine. Dans les deux cas, cela fait plus de 70 ans que le problème n’est pas réglé. Et faire de Moutier la Jérusalem suisse, avec les conséquences que cela comporte, ressemble fâcheusement à une fausse bonne idée.

 

On apprend presque en même temps que la situation au Venezuela devient encore plus instable avec une sorte de coup d’Etat dont l’issue est bien incertaine et qui contribue une fois de plus à polariser le monde globalisé dans le schéma qui prévalait jusqu’à l’effondrement du bloc soviétique. Le Conseil fédéral, conformément à une tradition séculaire, s’empresse de proposer ses bons offices en vue d’encourager  la réconciliation dans ce qui s’apparente à une forme de guerre civile.  Si l’on peut saluer cette initiative, il est en revanche piquant de la mettre en relation avec  l’autre conflit intraétatique mentionné plus haut. Ainsi, charité bien ordonnée commençant par soi-même, il serait souhaitable de voir le même Conseil fédéral mettre autant d’entrain et d’énergie dans la résolution du litige portant sur l’appartenance communale de Moutier. Il est évident que l’Exécutif suisse n’a ni pour mandant et encore moins comme prérogative de s’immiscer dans le volet juridique de l’affaire. Cependant, il a comme devoir politique et moral d’arbitrer le différend qui oppose les deux gouvernements en prise avec ce dossier. En effet, on a l’impression d’assister à un divorce de longue haleine, où l’enfant se trouverait tiraillé au milieu d’un couple qui s’entredéchire. Divorce il y a eu. Reste le problème de la garde du dernier enfant. Et à force se focaliser sur l’obtention de la garde, on en vient à négliger l’enfant lui-même. C’est d’une négligence coupable.

 

Comme n’importe quelle ville d’importance régionale, Moutier a besoin de se développer dans son environnement culturel, social et économique. Sans investissement jurassien ou bernois ces prochaines années, par peur d’investir à perte, Moutier prendra un retard patent qu’elle mettra peut-être des décennies à combler. C’est pourquoi, dans l’attente d’une décision définitive des tribunaux qui pourrait aboutir à une nouvelle votation, avec les possibles recours y relatifs, il est maintenant urgent que les cantons de Berne et du Jura, sous la houlette de la Confédération, mettent en place un fonds de financement paritaire, afin de ne pas laisser végéter la ville de Moutier. Et celui qui emportera la ville au final remboursera à l’autre son dû.

 

S’il est vrai que la séparation des pouvoirs empêche l’Exécutif d’interagir avec le pouvoir judiciaire, cela ne le dispense pas de faire son travail, à savoir établir des scenarii d’évolution de la situation et pallier sine die les conséquences les plus graves que pourrait engendrer un délitement de la situation. 

 

Marc Meier

Président du PLR – district de Porrentruy

Tribune LQJ du 31.01.2019

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